Cette fable a été éditée dans le premier recueil des Fables de La Fontaine,  pour la première fois en 1668 (fable n°14 du livre 2).

Elle montre un lièvre envahi par la peur.  Mais quand il découvre que d’autres (les grenouilles) ont peur de lui, il se sent rassuré. Cette fable veut montrer qu’il y a toujours plus craintif que soi.

En voici le texte de Jean de La Fontaine, illustré par Benjamin Rabier (1906) :

Lire la fable sur le site de la BNF (illustration de Gustave Doré)

Lexique

Si la définition du lexique n’est pas l’entrée première pour rendre la fable compréhensible, certains termes gagnent à être expliqués dans un second temps :

Dormir, sinon les yeux ouverts : C’est un préjugé populaire de croire que le lièvre dort les yeux ouverts. En réalité, le lièvre ouvre l’œil au moindre bruit, donnant l’impression qu’il dort les yeux ouverts.

Cependant : pendant ce temps

Douteux : pris ici au sens de craintif. Ce mot est formé de l’ancien français doute : crainte.

Mélancolique : Dans le dictionnaire de Furetière de 1690, on lit : maladie qui cause une rêverie sans fièvre, accompagnée d’une frayeur et tristesse sans occasion apparente….

Devers : vers


Écouter la fable de La Fontaine

  • Pour écouter la fable de La Fontaine,  voici une version audio sur le site Eduscol:

Ecouter la fable sur le site Eduscol

  • Une lecture par Georges Camarat, acteur français, sociétaire honoraire de la Comédie-Française (1901-1982) :
  • Une lecture (précédée de quelques commentaires ) par Fabrice Luchini mise en ligne lors du confinement de 2020 :
  • Sur la chaîne de la Philharmonie de Paris, on trouve des enregistrements de 6 fables de La Fontaine dans leur texte original mises en  musique par des artistes. La fable du lièvre et les grenouilles est  magnifiquement interprétée par Catherine Ringer.

La vidéo est réalisée par David Unger et co-produite par Le GRIZZLY et la Philarmonie de Paris :

Une lecture (précédée de quelques commentaires ) par Fabrice Luchini  mise en ligne lors du confinement de 2020 :


Le voyage de la fable à travers le temps…

D’Esope à La Fontaine en passant par Phèdre, Marie de France ou d’autres fabulistes,  cette fable qui met en scène des lièvres et des grenouilles a traversé le temps tout en connaissant quelques variantes et des nuances.

En voici différentes versions :

Esope

La Fontaine le disait : il s’est notamment  inspiré d’Ésope (écrivain grec ancien qui vécut vers la fin du VIIe siècle av. J.-C. et le début du VIe siècle av. J.-C.).

Dans la version d’Esope, les lièvres, lassés de vivre dans la crainte des chiens, des hommes et d’autres prédateurs, décident de mettre fin à leurs jours.  Ils sont résolus à se jeter dans un étang mais, au moment d’y sauter, ils mettent en fuite des grenouilles vivant dans l’endroit. Un des lièvres en tirera la leçon et ils éviteront le pire.

Lien vers l’ouvrage des Fables d’Ésope (traduction  par Emile Chambry en 1927) sur le site archive.org :

Lien vers l’ouvrage en français et en grec sur le site archive.org

Au fil des siècles et de l’interprétation de la fable qu’en font les traducteurs, le sens dévolu à la morale peut varier.

Ainsi, la traduction proposée par Thomas Bewick en 1781 dans son ouvrage  » Bewick’s Select fables of Aesop and others »  (partie II- fable V), diffère de celle de Chambry.

On peut traduire sa morale ainsi :

Il n’y a pas à contester l’Ordre et les Décrets de la Providence. Puisqu’Elle nous a conçu, elle sait ce qui est le plus approprié pour nous, et le lot de chaque homme (bien compris et maîtrisé) est indubitablement le meilleur. 
Nous ne connaissons pas la moitié des misères humaines, 
Les imbéciles pensent avec vanité qu’aucun chagrin n’est aussi grand que le leur, 
Mais regardez le monde, et vous apprendrez à mieux supporter
Les mauvaises fortunes, car tous les hommes les partage.

Lien vers l’ouvrage de Thomas Bewick : Bewick’s Select fables of Aesop and others »  (partie II- fable V)

Phèdre

Voici la version de ce  fabuliste latin du 1er siècle :

Lien vers une édition de 1758 : Les fables de Phèdre en latin et en français, traduction nouvelle [par l’abbé Lallemant] avec des remarques

Babrius

(fin du IIe siècle – première moitié du IIIe siècle)

Babrius est un fabuliste romain de langue grecque. En voici sa version :

Marie de France 

Poétesse française (Fin XIIème Siècle – début XIIème)

Marie de France est une des plus ancienne autrice connue. Elle écrit des  lais, des contes et des fables.

Voici sa version du lièvre et des grenouilles, intitulée en ancien français des lièvres è des Raines :

Un jour, les lièvres s’assemblèrent
En parlement et décidèrent
Qu’en d’autres terres ils s’en iraient,
Loin de l’endroit où ils vivaient ;
De trop de maux les accablaient
Hommes et chiens qu’ils redoutaient
Et ne voulant plus en souffrir
Leur seul choix restait de partir.

Tous les sages lièvres leur dirent
Que c’était folie de s’enfuir
Loin de ces terres de connaissance
Qui avaient nourri leur enfance.
Mais les autres n’écoutèrent rien
Et se mirent bientôt en chemin.
Lors, près d’une mare, venus
A distance, ils ont aperçu
Des grenouilles en grande assemblée.
Effrayées par leur arrivée,
Elles plongèrent de tous côtés,
Sitôt qu’ils se furent approchés.

Voyant cela, un lièvre dit :
« Seigneur, retenez-bien ceci
Par les grenouilles de ce lieu
Et qui s’effrayent de bien peu.
Quelle grand folie avons commis
En quittant notre cher abri,
Cherchant ailleurs sureté,
Quand nulle terre on ne peut trouver
Où ne survienne aucun dommage.
Rentrons-chez nous, c’est le plus sage. »
Sur ce, les lièvres retournèrent
En leur contrée et en leur terre.

MORALITÉ

De cela doivent méditer
Tous ceux qui veulent s’exiler
Et partir loin de chez eux,
A ce qui peut leur advenir :
Jamais pays ne trouveront
Ni terre ici-bas, ne verront
Où ils puissent vivre sans peur
Ou sans efforts ou sans douleur.

Isaac de Benserade 

  Mise en quatrain des fables d’Esope : 1678

Saisis d’une frayeur qui leur causait la fièvre,
Les Lièvres se jetant dans une mare tous
Aux Grenouilles font peur : Courage, dit un Lièvre,
Il est des Animaux plus timides que nous.

Fiers de porter la peur aux bords du marécage,
Les lièvres rassurés se crurent du courage.
D’un plus poltron que soi, qu’un poltron soit vainqueur,
Le Thersite, en tremblant se croit homme de coeur.


Les illustrations

Voici donc quelques illustrations  postérieures à La Fontaine :

Celle de Gustave Doré (1867) :

Un dessin de Jean Ignace Isidore Gérard Grandville (1838-1840):

Auguste Vimar (1897):

Consulter l’édition de 1897 des fables de La Fontaine illustrées par Vimar :

Sur le site gallica.bnf

Celle de Benjamin Rabier (1906):

Image d’Epinal attribuée à Paul Doussinelle grâce à un courrier du dessinateur à Pellerin & Cie daté du 26 cotobre 1895


Suite et réponse à la fable…

Pour terminer cet article, voici quelques textes de fabulistes ayant répondu à la Fontaine….

Tout d’abord, une fable de Emmanuel Justin Barthélémy de Beauregard, théologien et écrivain, né en 1803. Il a notamment écrit une recueil intitulé   » Greffes Morales sur La Fontaine dans lequel il conteste les morales des fables de La Fontaine et propose une autre version.

Pour en savoir plus sur cet auteur : lien vers le site Rue des fables 

Pour lire sa version du  Lièvre et les grenouilles écrite en 1863  (qui est en fait une suite à la fable de La Fontaine) :

Lien vers le texte de la fable


D’autres fables sur la peur

Le lion, Jupiter et l’éléphant,  fable d’Esope :

On trouve cette fable dans le recueil « Fables d’Esope » illustrées par Arthur Rackham  en 1913, sous le titre « Le lion, Prométhée et l’éléphant »

Lien pour accéder au texte

Voici l’illustration d’Arthur Rackham :