Le kamishibaï

Le kamishibaï (kami : papier / shibaï : théâtre) est une technique de contage d’origine japonaise basée sur des images défilant dans un petit théâtre en bois appelé butaï.

Une tradition japonaise …

Le kamishibaï est un style de narration japonais qui est apparu peu après 1925 au qui s’est beaucoup développé entre les années 1930 et 1950.

Traditionnellement, le gaitô kamishibaiya  ( conteur de rue avec kamishibaï)  circulait à bicyclette, à l’arrière de laquelle était posée  une boite en bois surmontée du butai,  et s’arrëtait à à un carrefour. Il annonçait annonçait alors sa présence au moyen des hyôshigi, sorte de claves en bois à base rectangulaire.

La représentation était gratuite, mais le conteur gagnait sa vie en vendant des bonbons au public essentiellement constitué d’enfants.
Les enfants qui achetaient des bonbons au conteur avaient alors droit aux meilleures places.

Le conteur ouvrait alors le butaï  dans lequel il avait inséré des planches cartonnées illustrées. Chaque planche illustrait une partie de l’histoire. Il pouvait y avoir un texte au dos des planche, ou de brèves notes sur lesquelles s’appuyer, mais généralement, le conteur préférait improviser. Il se plaçait généralement sur le côté du butaï et pouvait jouer sur le passage d’une planche à l’autre pour dynamiser davantage le récit, variant le rythme afin d’obtenir  différents effets : passage brusque, lent, saccadé, par étapes…

Il  proposait généralement trois histoires de styles différents  : une histoire comique, une histoire plutôt mélodramatique  à l’adresse des filles et une histoire d’aventure pour les garçons.

Il s’agissait souvent de feuilletons dont la suite était donnée à chaque nouvelle visite au village.

Un peu d’histoire…

Le kamishibaï est un style de narration japonais très ancien. Dès le VIIe siècle, lorsque des temples bouddhiques ont été érigés partout, des bonzes prêcheurs (Yamabushi) se sont répandus dans le pays pour convertir les paysans. Ils illustraient leurs prêches par des contes. Pour soutenir l’attention de leurs auditeurs souvent illettrés, ils s’accompagnaient de planches de papier illustrées glissées dans un cadre de bois qu’ils portaient sur le dos (l’ ancêtre du kamishibaï) .

Ils utilisaient aussi des émakis, rouleaux narratifs pouvant mesurer jusqu’à quinze mètres, qui combinent calligraphies et illustrations. Ces rouleaux dévoilaient un récit illustré dont chaque section représentait une scène succédant à la précédente.

Les japonais ont toujours eu une grande maîtrise de l’illustration. La technique de l’estampe influencera le renouveau du kamishibaï.

Mais au XVIIIe et XIXe siècle,  ce sont surtout les ombres que les japonais utilisent pour illustrer leurs récits.

Au début du XXe siècle, un japonais  propose une nouvelle méthode d’animation : le tashi-e. Des marionnettes de papier, montées sur un bâton, représentant sur chaque face un même personnage dans deux positions différentes. Il suffisait de tourner rapidement l’image pour donner un effet de mouvement au personnage. Ces marionnettes étaient manipulées dans un petit théâtre de bois portable.

Lorsque le cinéma arrive au Japon à la fin du XIXème siècle,  les salles sombres dans lesquelles se déroulaient les spectacles d’ombres sont réquisitionnées pour devenir salle de cinéma. Cela oblige des dizaines de milliers d’artistes employés dans les théâtres d’ombres à se reconvertir.

Ils retrouvèrent alors l’ancienne technique des moines prêcheurs, le kamishibaï moins encombrant que le tashi-e.

Dans les années 1930, c’est  la crise économique et le nombre de chômeurs augmente considérablement. Le kamishibai devient une une opportunit pour celui qui a un vélo et une bonne voix.

Des artistes se mettent à dessiner pour le kamishibai. Ils créent des histoires pour les vendre à des éditeurs qui ensuite les louent aux conteurs de rue.

Parmi les illustrateurs les plus célèbres, Takeo Nagamatsu est le créateur du premier super-héros japonais : Ôgon Bat.Il a créé en 1930, ce personnage aux allures sinistres de squelette doré. Vêtu d’une cape en rouge et noir et d’une fraise de type Renaissance, Ôgon Bat est le défenseur de la justice venu d’Atlantis pour se battre contre le syndicat du crime . Ultra populaire, ce personnage a vu son succès se prolonger par une adaptation en manga en 1948, et au cinéma en 1966.

Bibliographie

Deux ouvrages de référence : un  album jeunesse et un livre pédagogique:


Le bonhomme kamishibaï d’Allen Say – École des Loisirs, 2007
Cet album raconte l’histoire d’un vieil homme japonais qui reprend le métier de bonhomme kamishibaï.

La boîte magique d’Edith Montelle – Callicéphale, 2007
Le kamishibaï : histoire, utilisations, perspectives.

Sitographie

Où trouver des kamishibaïs ?

Les Éditions du Pas de l’échelle :

http://www.editionsdupasdelechelle.com/kamishibai.html

Callicéphale :

https://www.callicephale.fr/fr/boutique/collection/kamishibai/

Lirabelle :

https://www.lirabelle.fr/categorie-produit/kamishibai/

Kamishibaïs Éditions :

https://kamishibais.com/

La maison du kamishibaï vend butaïs et kamishibaïs de différents éditeurs :

http://www.pemf.fr/kamishibai/

Des kamishibaïs numériques japonais (site en anglais )

https://web-japan.org/kidsweb/folk/index.html

Pour construire un butaï

Fabriquer son propre butaï vous permet de choisir sa dimension: en effet, les kamishibaïs du commerce sont souvent de dimension d’origine qui ne correspond pas à nos dimensions de pages. Vous pouvez si vous le fabriquez, choisir de le faire en A3 ou même en A2…

L’excellent site « Le jardin de Kiran » propose des « tutoriels  » pour fabriquer des butaïs en différents formats :

Plans de fabrication du butaï en grand format (A3 ou A2):  Le plus simple à utiliser si vous voulez utiliser vos propres illustrations ou les dessins des élèves :

Fabriquer un Butaï : Modèle pour un Kamishibaï Grand Format

Plan de fabrication au  format japonais traditionnel (cela vous conviendra si vous utilisez les contes en kamishibaï vendus dans le commerce):

http://www.lejardindekiran.com/fabriquer-un-butai-modele-pour-kamishibai-traditionnel/

http://www.lejardindekiran.com/fabriquer-un-butai%cc%88-mode%cc%80le-pour-le-kamishibai-de-lenfant-conteur/

Au format A4 et en carton:

http://www.lejardindekiran.com/?s=butai+carton

Pour fabriquer les planches du kamishibaï

Différentes techniques sont possibles :

– On peut dessiner toutes les planches :

Par exemple, voici un superbe kamishibaï  « Nassredine, son fils et l’âne » (image d’Emmanuelle Herrada):

Mais c’est un long travail !!

Un stage avec Agnès CHESNE  (plasticienne) nous a permis de découvrir une autre technique :  faire un fond pour toute l’histoire et ensuite, faire des photos avec les personnages.  Voici donc quelques idées :

1- On prend des jouets pour chacun des personnages et on les prend en photo devant le fond :

Voici par exemple, le travail de Marianne Chassat. Un décor avec un peu de papier et quelques accessoires et … une première photo !

            

Marianne a utilisé des playmobils pour réaliser le kamishibaï du petit bonhomme de pain d’épice, toujours en faisant des photos sur le décor de départ. Elle a aussi cuisiné un petit bonhomme en biscuit !

                      

2- Avec des peluches…

… en gardant la technique des photos sur un fond.

Voici par exemple la création de Claude Hébert à partir de l’histoire « Ours qui lit »:

          

Claude a joué avec des plans différents sur un même décor.

Des réalisations par des enfants

Des exemples en maternelle :

Laurence Fustec, conteuse de notre association, partage les réalisations faites avec ses élèves en école maternelle:

Un conte créé par les élèves : Stella découvre la mer. 

              

         

Le conte de L’énorme potiron à la manière de Warja Lavater. Les illustrations sont sous forme de planches de kamishibaï (et non en livre accordéon comme les créations de W. Lavater). Mais, on retrouve l’idée de représenter chaque personnage par différents points de couleur  :

              

        

Des exemples en élémentaire :

Chantal Millet a mené un travail sur le conte avec des élèves d’Ulis-Ecole.

Les enfants ont inventé une histoire en s’appuyant sur une structure type et ont créé les illustrations avec la technique des photos évoquée ci-dessus. Les enfants ont choisi un environnement (l’Afrique pour une histoire, la banquise pour une autre), ont observé des photos de paysages et verbalisé leurs observations en vue de la préparation du décor. Puis, ils ont créé le décor avec peinture et matériaux de récupération (plaques de polystyrène par exemple pour une banquise).

Des animaux en plastique (type Schleich) ont été utilisés pour les personnages.

« Panique sur la banquise »,  inventé à partir de la structure du conte « Le ciel tombe » (voir la ressource « contes énumératifs »):

     

   

Contée devant les enfants de la maternelle :

 

« Un bateau pour l’Afrique« ,  inventé à partir de la structure du conte « La coque de noix » (voir la ressource « contes énumératifs »):