Dans le cadre du projet Fables, Pierre Greber nous conte « Le petit poisson et le pêcheur »: 

 

Cette fable est extraite du premier recueil des Fables de La Fontaine édité en 1668 et dédié au dauphin, fils de Louis XIV (fable n°3 du livre V).

En voici le texte original (extrait du livre distribué aux élèves de CM2 et illustré par Emmanuel Guibert) :

 

Pour le plaisir de voir l’évolution de la langue (et de l’orthographe), le voici dans son édition d’origine :

 

Fables choisies , mises en vers par M. de La Fontaine – Edité à Paris, chez Claude Barbin, au Palais sur le Perron de la Sainte Chapelle. M. DC. LXVIII. Avec privilège du Roy- 1668- Illustrateur : François Chauveau,  Graveur – Source : Gallica BNF

Pour écouter cette fable de La Fontaine,  voici quelques versions audio :

  • Sur le site « Il était une histoire » conçu et réalisé par Rue des écoles, en partenariat avec MAIF  (choisir « Ecouter » dans le menu déroulant en bas à gauche de l’écran):

Ecouter la fable de La Fontaine sur le site « Il était une histoire »

  • Texte par Michael Mansour  sur  La minute de poésie :

Texte lu par Michael Mansour sur la chaine YouTube  » La minute de poésie »

  • Texte dit par Louis de Funès  :

Cliquer ici pour écouter la fable par Louis de Funès

  • Texte dit par Gérard Philipe  :

Cliquer ici pour écouter Gérard Philipe

Les origines de la fable

Le thème de cette fable se retrouve dans plusieurs histoires.

Voici  la version d’Ésope (vers le VIIe siècle avant notre ère) sous le titre « D’un pêcheur et d’un petit poisson» :

Un Pêcheur ayant pris un petit Poisson, dont le goût est très agréable, résolut de le manger. Ce petit animal, pour se tirer des mains du Pêcheur, lui représentait qu’il devait lui donner le temps de croître et le priait très instamment de le relâcher, lui promettant de revenir de son bon gré mordre à l’hameçon au bout de quelque temps.  « Il faudrait que j’eusse perdu l’esprit, lui répliqua le Pêcheur, si je me fiais à tes promesses et si sous l’espérance d’un bien futur et incertain, je me privais d’un bien présent et assuré. » 

 

Et en voici la version publiée par Gilles Corrozet en 1542 dans son ouvrage « Les Fables du très ancien Ésope, mises en rithme françoise « :

Mais c’est en réécrivant une autre fable d’Ésope que Gilles Corrozet  utilise la Maxime :

« Mieux vaut un Tien que deux fois Tu l’auras »

En effet, dans « Le rossignol et l’oiseleur », les protagonistes sont différents, mais l’histoire est la même:

 

D’après, ce site sur l’origine des proverbes,  Gilles Corrozet se serait inspiré d’un proverbe espagnol :

Mieux vaut un prends que deux je te le donnerai.

Cette fable a été reprise par Avanius, un écrivain latin au Vème siècle (vers 400 après JC) :

 

La morale de cette histoire….

« Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l’auras ; l’un est sûr, l’autre ne l’est pas ».
Cette phrase est si connue qu’elle en est devenue un proverbe. On peut en trouver des variantes dans diverses langues.
En Néerlandais par exemple : « Mieux vaut un oiseau dans la main que deux sur la branche ».
Les différentes versions de la fable permettent de bien percevoir son message :
Dans la fable d’Ésope (dans la traduction d’Emile Chambry en 1927):
« Cette fable montre que ce serait folie de lâcher sans espoir d’un profit plus grand, le profit qu’on a dans la main sous prétexte qu’il est petit ».
Dans la version latine d‘Avanius (Vème siècle), elle est formulée ainsi:
 » Qu’un espoir douteux ne nous fasse point renoncer à des avantages réels,
car peut-être risqueriez-vous de chercher encore et de ne point trouver ».
Dans la version de Gilles Corrozet:
« Qui petit gain présent refuse
pour plus grand gain à venir,
Et ne peut le certain tenir,
Son espoir le trompe et abuse ».

Des mises en réseau

Dix ans après la publication de la fable qui fait l’objet de cet article, La Fontaine publie en 1678 un second recueil de fables qui  est l’occasion pour lui de faire écho à des fables antérieures.

Ainsi, dans ce recueil, une fable intitulée «  Le loup et le chien maigre » (10ème fable du livre IX), il fait référence à la fable « Le petit poisson et le pêcheur » :

Autrefois Carpillon fretin,
Eut beau prêcher, il eut beau dire ;
On le mit dans la poêle à frire.
Je fis voir que lâcher ce qu’on a dans la main
Sous espoir de grosse aventure,
Est imprudence toute pure.
Le Pêcheur eut raison ; Carpillon n’eut pas tort.
Chacun dit ce qu’il peut pour défendre sa vie.
Maintenant il faut que j’appuie
Ce que j’avançais lors, de quelque trait encor.

Le loup et le chien maigre : cliquer ici pour voir la fable en entier

Dans cette fable, le loup agit à l’inverse de la morale du petit poisson et du pêcheur : le loup a faim. Il voit un chien hors de son enclos et veut le manger. Le chien lui dit qu’il est trop maigre et qu’il va aller à un mariage pour s’engraisser. Le loup le laisse sortir et s’aperçoit trop tard qu’il a été trompé.

On peut rapprocher cette histoire du conte traditionnel  portugais « Roulé le loup » de Praline Gay-Para (aux Editions Didier Jeunesse).

 

 

On peut également mettre en réseau « Le petit poisson et le pêcheur » avec cette autre fable de La Fontaine :

Le berger et la mer : cliquer ici pour lire la fable

dont la morale est la suivante:

« Qu’un sou, quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance ;
Qu’il se faut contenter de sa condition. »

 

Un parallèle est intéressant avec la fable : Le héron: Cliquer ici pour lire la fable  dans laquelle le héron laisse passer sa chance et se retrouve sans rien.

 

En ce qui concerne le thème du poisson capturé par un pêcheur et qui demande à être relâché, on trouve dans les contes les différentes versions du pêcheur et le petit poisson :

Le Pêcheur et sa femme ( Grimm ) : Voir le texte sur Wikisource

Le poisson d’or : conte populaire russe : Voir le texte du conte sur Wikisource

Le pêcheur et le petit poisson (Pouchkine) : Voir le texte de Pouchkine ici

Après plusieurs rebondissements,  ce conte avertit également sur le fait de vouloir toujours plus : qui veut trop risque de ne rien avoir au final.

La fable en chanson

 

 

Les illustrations

Les illustrations de cette fable sont nombreuses mais, représentant généralement un pêcheur avec sa canne, elles n’apportent pas d’éléments d’interprétation de l’histoire.

En voici quelques-unes :

Gustave Doré (1867)

 

Raymond de la Nézière (1923)

Edition de 1759 Jean-Baptiste Oudry

Un « tien » ou un « tiens » ?

Pour finir cet article, une remarque pour les passionnés d’orthographe…

L’édition originale n’ajoute pas de s à tien (un tien) contrairement à d’autres éditions ( voir par exemple le texte en haut de l’article).

Certains spécialistes de la langue française se sont penchés sur la question et le débat n’est pas tranché.

Pour preuve, voici 2 articles d’avis contraires :

 Un article de Pierre Bouillon, collectionneur de dictionnaires anciens : «  Un tiens vaut mieux… » ou  » Un tien vaut mieux… »? Pas de « s » selon moi.
Cliquer ici pour voir l’article de Pierre Bouillon sur son site

Un autre article sur le site « Parler français – richesse et difficultés de la langue française » qui se conclut ainsi : Ce qu’il conviendrait de dire : Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
Cliquer ici pour lire l’article

Pas de faute à la dictée ? Alors vous avez le droit à une image scolaire Calvet-Rogniat en conclusion !

 

euh…. pécheur ou pêcheur???